A la rencontre des Tsaatans

23 Sep

 

Après une semaine passée sur UB (Ulaan Baatar), dont 3 jours à partager le quotidien et la ger d’une famille Mongole, il est temps pour moi de découvrir les grands espaces mongols. Je pars en bus avec Boris, un français rencontré sur UB, vers Mörön d’où nous pourrons rejoindre le lac Khovsgöl, une zone très touristique mais idéale pour les randonnées à pieds et à cheval. Seule la première moitié de la route est goudronnée, l’autre partie est une piste plus ou moins carrossable. Il nous faudra 20 heures pour effectuer les 690km qui nous séparent de Mörön.

Le lendemain de notre arrivée à la guesthouse de Bata à Mörön, nous rencontrons d’autres voyageurs (que j’avais pu contacter auparavant) avec qui se profile un plan nettement plus intéressant que le lac : aller en van jusque Tsagaannuur (littéralement : le « lac blanc »)d’où nous partirons à cheval à travers la taïga afin de rencontrer les Tsaatans.

Les Tsaatans sont des nomades qui vivent de la cueillette, de la pêche, de la chasse et de l’élevage de rennes. L’élevage de rennes est la principale activité des Tsaatans. Ils en tirent tout d’abord le lait qui constitue la base de leur alimentation, sous forme de lait caillé séché (aarrul), de crème, de beurre ou ajouté au thé. La chair des rennes est l’apport principal en viande et les bois et la fourrure sont utilisés pour les confections artisanales destinées aux touristes. Mais, à l’instar du cheval, le renne est également largement utilisé comme moyen de locomotion ou pour transporter diverses charges, notamment lors des nombreuses migrations du groupe.

Leur ethnie est composée de 200 à 300 individus vivants à l’extrême nord du pays, entre la frontière de la Sibérie et le lac Khovsgöl. La plupart des Tsaatans est totalement nomade mais quelques familles se sont sédentarisées à Tsagaannuur ou dans la zone très touristiques du lac Khovsgöl.

A la différence des autres nomades mongols, les Tsaatans ne vivent pas dans des gers mais dans des ortz : des tentes similaires aux teepee amérindiens qui présentent l’avantage d’être monté/démonté en quelques heures..

*** voilààààà pour la touche culturelle ! Je pourrais m’étendre d’avantage sur le sujet mais je risque d’en perdre quelques uns….. vous trouverez plus d’infos et ****************

Notre excursion est organisée par Bata, notre hôte de la guesthouse éponyme, qui se charge de trouver un van et un chauffeur, les chevaux et les guides et surtout l’inévitable « border visa ». En effet, l’accès à cette zone protégée et frontalière avec la Russie nécessite l’obtention d’un visa spécifique dont la demande doit être effectuée par un Mongol qui se porte garant.

Notre équipe est constituée de 5 personnes : Hazel, Lital, Daniela, Uriel et moi-même.

Nous voilà donc partis à bord d’un van 4*4 de fabrication russe, héritage de l’ère soviétique, dont les caprices du moteur se régleront à grands coups de marteau et nous permettrons de profiter de nombreuses pauses. Nous mettrons 2 jours (soit 16h de conduite) pour atteindre Tsagaannuur.

Le lendemain, nous partons en direction du Nord-Ouest vers la Taïga. La chevauchée est aisée et les sensations totalement différentes de celles ressenties dans un pré : les grands espaces et l’absence de clôtures ou d’obstacles sont un appel au galop et nous ne boudons pas notre plaisir !

Le jour suivant est totalement différent ; la pluie ne cessera de la journée alors que nous nous enfonçons dans la taïga. Les pentes montagneuses sont entrecoupées de tourbières où le permafrost empêche l’eau de pénétrer dans le sol. Les montagnes, vestiges d’une ancienne activité volcanique, sont constituées de pierriers sur lesquels pousse une forêt de résineux et de bouleaux dont le sol est recouvert de lichen, de mousse et de bois pourri et gorgé d’eau. Les jambes de nos chevaux s’enfonce de 10 à 20 cm à chaque pas. La progression dans ce terrain accidenté est lente et difficile ; montures et cavaliers sont tendus et craignent le faux pas ou la chute qui pourraient s’avérer dramatiques pour nos chevaux. La pluie incessante aura raison de notre équipement, chaussures et vêtements sont totalement trempés et certains de mes compagnons sont frigorifiés et grelottent sur leurs montures. Nous décidons alors de nous arrêter et d’installer le bivouac.

Les jours se suivent mais ne se ressemblent pas, le lendemain, c’est sous un grand soleil que nous repartons et nous alternerons forêts, torrents, tourbières, lacs, névés et montagnes, jusqu’au col où nous faisons une halte, le temps pour nos guides de faire leurs circumambulations autour de l’Ovoo (qui, comme le stupa, se contourne toujours par la gauche) dont les nombreuses étoffes de couleur bleue s’agitent au vent.

En descendant le col, nous apercevons ENFIN au loin un village Tsaatan composé de 8 ortz (teepee) autour desquels se promène le troupeau d’une centaine de rennes.

Nous sommes invités à pénétrer dans une ortz afin de partager le traditionnel thé au lait de rennes accompagnée d’aaruul. Nous sommes un peu méfiants car, en général, l’aaruul a un goût assez dégueulasse puissant de lait entier qui aurait tourné, alors on en prend un petit bout par politesse qu’on essaie d’avaler rapidement pour pas trop garder le goût dans la bouche et on fait passer le tout à grandes lampée de thé… Mais cette fois, nous sommes agréablement surpris, j’ignore si c’est lié au fait que le lait de renne soit plus léger que le lait de vache ou de yak ou à un mode spécifique de réalisation mais l’aaruul qui nous est servis est tout à fait mangeable et son goût et sa texture rappellent ceux du parmesan.

L’intérieur des ortz est similaire à celui des gers : un poêle au centre d’une pièce unique, un espace de vie autour du poêle et les ustensiles de cuisine dans un coin à la périphérie, ainsi que les effets de la familles, quelques instruments de musiques, parfois un autel bouddhiste ou des éléments rituels chamaniques et des paillasses qui seront déroulées pour la nuit. Les perches qui constituent l’armature de l’ortz servent de supports pour étendre le linge, faire sécher la viande, accrocher un miroir ou suspendre les vêtements.

Les ortz sont équipées de panneaux solaires (grâce à un programme de la Banque Mondiale qui a financé la dotation de 100 000 panneaux solaires pour équiper les habitations nomades en Mongolie) qui alimentent une ampoule, un poste CB qui permet de communiquer régulièrement avec les autres groupes de Tsaatans et, parfois, une télévision et un récepteur satellite.

Nous ne sommes pas les seuls étrangers au village, un groupe d’Italiens est arrivé au village peu avant nous. Vêtements floqués à leurs noms et brodés aux couleurs de leurs sponsors, ils se présentent en tant que mission humanitaire apportant une centaine de kg de farine, de sucre et de riz. Leur comportement nous perturbe ; tels des missionnaires du XXIème siècle, ils érigent leur drapeau au milieu du village, imposent aux villageois de poser en arborant le nom des sponsors et s’invitent dans les ortz avec leurs sièges de camping alors que nos hôtes et nous-mêmes sommes assis par terres (ce sujet sera prochainement développé dans un billet spécifique).

La journée suivante sera mise à profit pour nous reposer des 3 jours consécutifs de chevauchée, discuter avec les Tsaatans et évidemment s’intéresser aux rennes (parce que c’est quand même pas tous les jours qu’on voit Rudolf en vrai…).

Assez étonnamment, les rennes sont peu farouches et particulièrement curieux. Ils sont également très gourmands, surtout de tout ce qui est salé, alors le truc c’est de s’approcher d’eux avec un peu de sel dans la main et on est les meilleurs potes du monde ! Enfin un peu trop même… Parce que du sel, on en laisse sur ses vêtements, ce qui fait la joie des rennes dès qu’on laisse sécher ses fringues après une randonnée. Et le matin, quand tu t’extirpes de ta tente pour aller satisfaire un besoin naturel et que tu sens soudain une langue râpeuse te lécher le c**, c’est assez… déstabilisant !

Le retour sera plus rapide, nous couvrirons la distance en deux petites journées. Une fois revenus à Tsagaannuur, on apprécie la douche publique : une maison en bois dont le rez de chaussé comporte 2 cabines de douches, un fauteuil de barbier et de grandes cuve d’eau chaude. Comme dans la plupart de la Mongolie, il n’y a pas d’eau courante. Ce sont les enfants qui montent les seaux d’eau chaude à l’étage afin de remplir le réservoir de chaque douche.

De retour sur Mörön, après 2 nouvelles journées sur les pistes, nous salivons à l’idée de pouvoir enfin varier notre alimentation qui a été essentiellement constituée de riz, pâtes, concentré de tomates, carottes et choux pendant 10 jours ! Je me charge des courses et de la préparation : entrecôte de bœuf et sa confiture d’oignons, pommes de terres sautées et riz au lait gingembre/cannelle. Malgré la fatigue, aucun de nous n’est pressé d’aller dormir ; un jeu de cartes et quelques bouteilles de bière et de vodka nous animeront notre soirée pendant de longues heures…..

 

Glossaire :

Ger : habitation traditionnelle mongole également connue (à tort) sous le nom de Yourte, qui est en réalité sa dénomination au Kazakhstan

Dwellings ou ortz : tente dans laquelle vivent les Tsaatans (teepee)

Ovoo : monticule de pierres et de bois, orné de rubans bleus porteurs de symboles de prières

Aaruul : lait caillé puis séché

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6 Réponses to “A la rencontre des Tsaatans”

  1. BigBen 7 octobre 2013 à 17 h 02 min #

    Comme la géographie et moi sommes fâchés depuis fort longtemps, je suis allé voir sur google map (oui, bon, c’est moins bien, ok !) où étaient tous ces endroits : c’est bien sympa !
    (Bon, je n’ai pas trouvé « le lac blanc » : c’est dans quelle direction depuis Moron ?
    Et il y a quoi à l’ouest de Moron : il semble y avoir tout un fleuve ou des marécages, non ?

    Profite-bien et bonnes découvertes !
    Benoit

  2. BigBen 7 octobre 2013 à 17 h 08 min #

    Bon, j’ai aussi regardé les photos : elles sont splendides (je ne suis pas surpris, non plus).

    Les rennes ont de la fourrure sur leur bois ?
    La petite fille avec le chien est aussi trop mignonne !
    A bientôt
    Benoit

  3. Odile 10 octobre 2013 à 12 h 23 min #

    He !! Il n’y avait de renne au Nez Rouge ?? Est-ce qu’ils ont reconnu leur chanson ?? Je t’imagine leur fredonner cet air enfantin au petit matin…

    En tous cas, à Rennes, on est super contents d’avoir vu des rennes,

    Bises et bon chemin,

    Odile

  4. cousin 13 octobre 2013 à 20 h 27 min #

    Tout cela est bien intéressant mais j’aimerais mieux que tu écrives plus souvent!!
    Ou alors je vais devoir ré ouvrir un compte facebook pour avoir des nouvelles un peu plus fraîches!! ceci étant y’a du livre photos en perspective. Lucie voudrait d’ailleurs savoir si les rennes rencontrés sont bien ceux du Père Noël et si oui pourquoi est-ce qu’il n’y a pas de neige au pays du Père Noël??!!
    En tous cas j’espère que tu vas toujours bien parce quand même tu te promènes à travers le monde et c’est un peu loin!
    Grosses bises
    Estelle

  5. Gabriel 21 octobre 2013 à 9 h 13 min #

    Génial ! Moi ce qui m’interpelle c’est la ressemblance entre tes Tsaatans et les Indiens d’Amérique du Nord qui semble confirmer l’hypothèse de leurs origines.. Je savais pas que ça se chevauchait un renne, c’est vraiment trop classe ! Bravo aussi pour toutes ces explications, ya de quoi organiser de la contrebande de vodka en jerricane transportée à travers la taïga à dos de renne !

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